Histoire

Notre patrimoine d’hier et d’aujourd’hui

Ce n’était pas agréable de regarder Notre-Dame de Paris brûler. Collectivement, on avait un mauvais feeling. Quelque chose d’éternel, quelque chose que nos ancêtres s’étaient évertués à construire avec les plus grandes expertises et tout leur savoir-faire, disparaissait sous nos yeux. On s’est senti impuissant.

Après le choc, on a un peu relativisé les choses… une cathédrale, c’est une construction en constante évolution et chaque génération peut y mettre un peu de son identité propre. Chaque fois qu’une communauté choisi de transmettre quelque chose aux générations futures, elle crée le patrimoine de demain. C’est un engagement collectif, comme il en reste peu de nos jours.

Parlons de patrimoine bâti

On s’est senti impuissant devant la destruction de Notre-Dame, maintenant quoi? Ces images ont peut être éveillé un sentiment d’urgence et une volonté d’engagement envers le patrimoine bâti. Plusieurs médias en ont parlé. Collectivement nous avons un important pouvoir sur la conservation patrimoniale, car si les outils officiels sont gouvernementaux, ces instances décisionnelles sont influençables, notamment par l’intérêt de la communauté. Il est possible de s’impliquer de plusieurs façons, dont certaines, gratuitement. Voici quelques idées.

S’informer

Pour avoir une opinion éclairée, il faut d’abord connaître l’histoire d’un lieu, les populations qui l’ont fréquenté, ses transformations, etc. Lorsqu’un site est exposé à des changements importants, on comprend alors leurs éventuels impacts sur ses valeurs patrimoniales. On peut décider de soutenir un projet de qualité ou demander à la Ville ou à l’arrondissement d’exiger que le promoteur retourne à sa table de dessin.

Dans les médias

Les articles de Jean-François Nadeau dans Le Devoir sont un excellent outil pour se tenir à jour et comprendre les enjeux patrimoniaux actuels. C’est toujours enrichissant, car bien expliqué, il va en profondeur, assure le suivi des dossiers et va au-delà du cas en présentant le fonctionnement de la conservation du patrimoine au Québec.

Dans les instances

Plusieurs projets affectant de près ou de loin le patrimoine bâti montréalais sont présentés devant l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM), qui met en ligne une documentation exhaustive sur les projets. En vous inscrivant à leur infolettre, vous recevrez une foule d’informations sur les consultations à venir et auxquelles vous pouvez participer. Certaines offrent même de répondre à un questionnaire en ligne. En plus, cela nous fait réfléchir à comment on voit notre ville et son avenir. Si le patrimoine semble s’intéresser au passé, je pense qu’au contraire, je m’y intéresse parce qu’il est le lien entre le passé et le futur. Que voulons-nous offrir à nos contemporains et que valorisons-nous suffisamment pour le transmettre aux générations futures?

Partager

Partager l’information est une autre façon de signifier votre intérêt pour la conservation d’un édifice ou d’un lieu. Partagez sur les réseaux sociaux, parlez-en au lunch au bureau, inviter quelqu’un à visiter un site patrimonial avec vous. La force du nombre compte toujours et la variété des connaissances et des intérêts n’est qu’enrichissante.

Participer à une activité d’un organisme de sauvegarde du patrimoine

Je ne pourrai répertorier l’ensemble des organismes dont le mandat concerne le patrimoine. Certains visent largement le patrimoine montréalais, Héritage Montréal par exemple, d’autres des patrimoines plus locaux, par exemple les
sociétés d’histoire des quartiers montréalais
. D’autres, encore, s’intéressent à une typologie ou à un site en particulier, pensons à Docomomo ou Les Amis de la montagne. Vous pouvez choisir selon vos intérêts ou votre proximité. Plusieurs organisent des journées d’études, des visites guidées ou d’autres activités des plus naturelles aux plus farfelues…

En participant aux activités, non seulement vous développez votre connaissance et votre sentiment d’appartenance, mais vous augmentez leur taux de fréquentation, un argument de plus à l’obtention de subventions. Sans compter que, c’est plus le fun travailler avec un public que pour nous-mêmes…

Plus particulièrement, Héritage Montréal, fondé en 1975, est l’organisme le plus connu à Montréal en conservation du patrimoine. On l’appelle souvent le chien de garde du patrimoine bâti parce que son mandat est d’abord de protéger le patrimoine, donc, trop souvent encore, de s’opposer aux visions à court terme de certains promoteurs et aux projets de piètre qualité mettant en péril le patrimoine bâti. Son directeur des politiques, Dinu Bumbaru, est une sommité en matière d’histoire montréalaise et de conservation du patrimoine. Toujours un plaisir de l’entendre!

Quelques suggestions

Il existe plusieurs autres organismes, comme Passerelles Coopérative en Patrimoine, qui organisent des activités de valorisation du patrimoine. Le 25 mai prochain aura lieu l’évènement annuel Patrimoine en fêtes. Chaque année, l’événement s’installe dans un nouveau site pour faire découvrir, à travers des activités variées, le patrimoine d’un secteur de la ville. Cette année, c’est Ahuntsic-Cartierville qui le reçoit. On pourra, entre autres, découvrir le patrimoine fluvial en bateau sur le St-Laurent. Qui veut manquer ça? On se le dit souvent, on vit sur une île, mais on est loin d’être des insulaires. Bon prétexte pour l’expérimenter.

Aussi à surveiller, Montréal exploration, qui offre une panoplie de visites thématiques à travers la ville, par exemple sur les femmes dans la ville ou sur des enjeux, comme la maladie mentale à Montréal.

Visiter un site patrimonial

À Montréal, de nombreux édifices patrimoniaux sont accessibles au public: les Châteaux Dufresne et Ramezay, Habitat 67 (l’été), le Musée de Lachine, Les Musées McCord et Stewart, etc. Tous proposent des expositions et activités qui nous connectent avec notre passé au-delà de la seule visite. La Maison Sir-George-Étienne-Cartier présente un Noël Victorien où l’on apprend les traditions de l’époque à Montréal. La Maison St-Gabriel propose quant à elle la découverte de métiers oubliés, comme tisserand, fileuse, coureur des bois qui vous y attendent l’été. Fascination des petits et des grands garantie!

…ou un patrimoine religieux

On parle souvent de la domination de l’église sur la société québécoise, oublie-t-on qu’une partie importante de notre patrimoine est aussi inscrite dans leurs lègues? Plusieurs églises sont ouvertes en dehors des heures de la messe. Si vous vous trouvez au centre-ville, entrez dans la Cathédrale Marie-Reine-du-Monde, dans la Basilique St-Patrick, dans l’église Saint-Georges ou dans la Chapelle Notre-Dame-de-Lourdes. Le truc pour savoir si une église est ouverte, c’est d’essayer d’ouvrir la porte. Si elle est débarrée, entrez respectueusement. J’amène souvent mes enfants dans les églises. Ils sont fascinés par l’espace grandiose, les statues, les tableaux, la richesse des décors, etc. D’autres établissements religieux ouvrent leurs portes lors de la Journée du patrimoine religieux en septembre.

Au-delà des églises, les religieux ont contribué au développement de la ville et ont façonné notre société. Les Sulpiciens, ces premiers seigneurs de Montréal, ouvrent leurs portes aux visiteurs à l’ancien Séminaire (celui à côté de la Basilique Notre-Dame) et au Grand Séminaire (celui sur Sherbrooke). Les Sœurs grises ont développé un magnifique projet, l’Espace Marguerite-D’Youville, réaménageant leur ancien hôpital du Vieux-Montréal. En attendant son ouverture, on peut visiter de nombreux autres lieux : Le Musée des hospitalières est un incontournable tout comme la Chapelle Notre-Dame du Bonsecours et le Musée Marguerite Bourgeoys ou l’Oratoire St-Joseph (dont je vous ai déjà parlé ici).

Les musées

Il ne faut pas sous-estimer les petits musées! D’abord, parce qu’on y est souvent chaleureusement accueilli; ensuite, parce qu’on y est aussi peu nombreux, ce qui rend la visite des plus agréable! Le site des musées montréalais est une bonne place pour choisir sa prochaine visite. Vous y découvriez des musées dont on ne soupçonne pas l’existence.

Regarder autour de soi!

Je sais que ça semble ridicule, mais une des contributions majeures de la population est d’assurer une vigile des édifices, des parcs, des monuments ou des oeuvres d’art publiques… La Ville ou le Ministère de la culture n’ont pas des yeux tout le tour de la tête! Si vous remarquez une modification ou une atteinte à l’intégrité d’un édifice ou d’un monument, vous pouvez le rapporter en appelant au 311, par exemple. Pour des édifices patrimoniaux vous pouvez aussi contacter Héritage Montréal.

Prendre le temps de poser son regard sur ce qui nous entoure, c’est aussi remarquer l’ancien kiosque à musique dans le parc, la transformation de la banque en spa, la disparition d’un restaurant servant à la même adresse depuis toujours (évidemment, je pense à Ben’s). C’est se questionner et chercher de l’information sur ceux-ci. Le Grand répertoire du patrimoine bâti ou le répertoire des biens culturels du Québec sont deux sites où l’on peut facilement s’informer.

Être un propriétaire conscient

Si vous êtes propriétaire de votre logement, d’un plexe ou d’un édifice commercial, vous êtes responsable de ses transformations et de son évolution tant que vous en êtes détenteur. Lorsque vous intervenez sur un édifice existant (remplacer une porte, des fenêtres, des boiseries, agrandir, etc.), vous affectez son apparence et sa valeur patrimoniale.

Votre édifice s’inscrit aussi dans une rue et plus largement dans un paysage urbain. J’aime me rappeler que ce qu’on construit aujourd’hui sera notre lègue patrimoniale. En ce sens, choisir une intervention éclairée et respectueuse du bâti existant peut enrichir l’environnement de nos contemporains et des générations futures. Votre arrondissement peut certainement vous soutenir dans cette démarche.

Paysager, naturel, immatériel, etc…

Je ne vous ai pas parlé de patrimoine paysager, naturel ou immatériel, mais ils sont tout aussi importants. L’essentiel, c’est d’abord de prendre conscience de notre patrimoine. Lorsque nous voyageons, nous visitons les sites patrimoniaux importants, nous apprenons les us et coutumes locaux, nous participons à des visites, des ateliers, etc. Parfois, on devrait être touristes dans nos propres villes parce qu’il nous manque une courroie de transmission patrimoniale qui est trop rare dans nos structures éducatives et qui a été un peu mise de côté dans le flots d’activités familiales.

N’hésitez pas à commenter avec votre patrimoine le plus cher ou votre plus récente découverte!

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