Histoire

Notre Montréal d’hier à aujourd’hui

Comme tout organisme, influencé par des forces internes et externes, les villes se transforment. Montréal est bien loin de la colonie de Jeanne-Mance et Maisonneuve, elle n’est plus la ville industrielle que connue MM. Redpath et McKiernian (dit Joe Beef) ou même, plus près de nous, celle de la première moitié du 20e siècle où Thérèse Casgrain luttait pour les droits des femmes.

Montréal a bien changé depuis que mon grand-père s’y est installé, débarqué de sa Beauce natale pour y trouver du travail, après la seconde Guerre Mondiale. Je suis montréalaise de 3e génération. Comme toute grande ville, Montréal se développe surtout grâce à une injection constante de nouveaux arrivants, canadiens et internationaux.

Une ville change aussi par des pressions internes notamment des transformations d’usages, le changement des modes de production et de consommation, de transport, le déplacement des populations et le changement de leurs valeurs. S’il existe encore une force ouvrière et de nombreux clochers à Montréal, ce n’est plus ce qui nous viendrait d’abord en tête en la décrivant.
On penserait plutôt à festive, ouverte, agréable, accueillante.

J’ai vu Montréal changé et je me suis souvent demandé « comment c’était avant ».

Ça change, ça change

Ce qui est frappant partout à Montréal c’est comment les industries ont quittés les quartiers centraux. On peut penser à Griffintown et aux abords du canal Lachine dont les bâtiments industriels ont été abandonnés les uns après les autres. Aujourd’hui, de joyeux résidents galopants autour du canal jusqu’au Vieux Port en jogging ou à vélo ont remplacé les ouvriers.

Le Vieux Montréal lui-même n’était pas le même dans les années 1980-90 alors que l’attrape-touriste se concentrait autour de la Place Jacques Cartier et pour l’été seulement. La Ville et le gouvernement fédéral ont mis en place d’importants programmes de transformations dans les années 1990.

Le Vieux Montréal est passé d’un lieu industriel, jusque dans les années 1970, à un quartier louche et plutôt délabré (1980-1990) à une attraction touristique ( depuis les années 2000) devenant peu à peu un vrai milieu de vie aux usages diversifiés. Cela eut un effet d’entraînement sur les quartiers limitrophes, jusqu’à Griffintown, un no man’s land dans les années 1980-1990 qui a commencé son éveil dans la première décennie du 21e siècle. Le changement y est drastique, parce que les petites maisons en rangées et les édifices industriels trapus ont été remplacés par de grandes tours élancées. On y trouve encore quelques maisons d’ouvriers de briques et, par ci par là, un vieux garage, mais l’atmosphère est méconnaissable. L’arrivée de l’ETS, comme pôle d’éducation et de développement technologique, a donné une nouvelle vocation au quartier.

L’implantation d’Ubisoft en 1997 dans le Mile-end, a eu le même genre d’effet. Ce n’est pas la seule force qui a participé à la transformation du Mile-end, mais on ne peut nier qu’il s’agissait d’un accélérateur à un mouvement lent à démarrer. En amenant un bassin important de travailleurs, le quartier avait soudainement une vocation de jour comme de soir. Économiquement, ça compte. Et ça a aussi donné l’exemple à d’autres entreprises en quête d’un milieu d’accueil de qualité. Les appartements étaient de plus en plus chers dans Outremont et le Plateau, et le Mile-end était juste là, en attente d’un élan.  Le Café Olimpico y avait déjà pignon sur rue, mais jamais j’aurais osé y entrer… c’était un repère réservé aux vieux italiens qui y passaient leur journée à regarder du soccer, et ce, tranquillement, jusqu’à l’invasion hipster!

Quand j’étais jeune, le Mile-end c’était un quartier sous-estimé, un peu oublié. Entre le Plateau et Outremont, les appartements du Mile-end, contrairement aux bagels, n’étaient pas très courus. Les Portugais et les Juifs les avaient réquisitionnés bien avant! Et leurs enfants n’avaient pas encore migré vers les banlieues. On trouve uniquement dans le Mile-end cette concentration de céramiques représentant le Christ ou la Vierge sur les façades. Elles y resteront peint être plus longtemps que les familles portugaises?

Circulez, Circulez!

Plusieurs quartiers se sont vus transformés quand un équipement importants a fermé ses portes. Je pense à la fermeture de l’incinérateur dans St-Michel. Avant, c’était une carrière. Une partie des édifices qui nous entoure vient du sous-sol de l’ancienne carrière des frères Miron qui s’y trouvait. On imagine le bruit et la poussière que cela devait occasionner dans le quartier. Après la fermeture de la carrière, la Ville a utilisé le site pour enfouir des déchets. Imaginez le cortège de camion de poubelles qui s’y dirigeaient. Remplacer des nuisances par d’autres nuisances! Aujourd’hui les résidents sont enfin récompensé: le parc Frédéric Back est finalement accessible. La TOHU et le Cirque du Soleil sont assurément de biens meilleurs voisins.

Parc extension est à l’aube d’une nouvelle ère. L’Université de Montréal ouvre cette année une partie de son nouveau campus d’Outremont, nommé Campus MIL. Situé juste de l’autre côté de la voie ferrée, c’est assurément dans Parc extension que se feront ressentir les effets de l’arrivée massive des étudiants, enseignants et professionnels universitaires. Outremont est un milieu très stable et l’est de parc extension est déjà affecté par la gentrification du Marché Jean-Talon et de Villeray. Ne reste que ces rues animées de Parc extension, au cadre bâti vieillissant pour recevoir ces hordes d’étudiants, et ces nouveaux commerces en quête de consommateurs.

Avez-vous déjà pensé aux travaux et à la démolition qu’ont nécessité la construction des grandes voies de transport de Montréal? Le Métropolitain, la 25, le boulevard Décarie, le métro, l’échangeur Turcot, etc. On se plaint de son réaménagement mais les années 1950-1960 devaient être infernales à Montréal. Il y avait moins de voitures en circulation, on peut espérer que cela occasionnait moins de bouchons. Si l’est et l’ouest de l’île accueillait la 40 dans des champs, au centre de la ville, on a dû démolir pour laisser place « au progrès ». Dans l’est, le pont-tunnel a nécessité la destruction du noyau villageois de Longue-Pointe.

Des résidents tout frais

Certains quartiers se transforment suite à l’arrivée de nouveaux résidents, soit parce qu’on a énormément construit, le Vieux-Montréal par exemple, ou parce que les nids vides, c’est-à-dire les maisons dont les enfants ont quitté le nid familiale, ont été vendus à de jeunes familles. C’est le cas dans Rosemont ou Ville Mont-Royal.

Après avoir habité le Plateau, mes grands-parents se sont établi dans Rosemont, alors un quartier ouvrier. Ils ont d’abord aménagé sur Rosemont, puis ont acquis un duplexe un peu plus au nord-est, dans un quartier en plein développement. Ils y étaient chez eux et y ont vécu près de 40 ans. Mes grands-parents ont alors façonné leur milieu de vie selon leurs valeurs celle de l’époque. Ils faisaient beaucoup de bénévolat à l’église tout près, ils n’avaient qu’une voiture, ma grand-mère ne conduisant pas. Bref, un profil classique à l’époque.

Je suis de la nouvelle génération qui rachète les maisons dans Rosemont et les transforme pour les adapter à nos besoins, nos valeurs. Bien que j’habite près, je ne suis pas repassée voir la maison où j’allais visiter mes grands-parents, mais je suis certaine que ses nouveaux acquéreurs l’ont modelé à leur image. C’est ce que j’ai fait quand j’ai acheté ma propriété dans Rosemont. Je ne fais pas de bénévolat à l’église mais je partage mes réflexions sur un blogue. Reflet de mon temps!

Mes enfants grandiront dans les mêmes rues que celles qui ont vu mon père grandir. Leur vie est bien différente! À l’exception de quelques nouveaux édifices résidentiels, le cadre bâti est plutôt stable et commence à avoir de l’âge. L’école du quartier a célébré ses 100 ans l’an dernier. Le trafic est pas mal plus intense que dans ma jeunesse, mais les dos d’âne, les saillies de trottoirs et les vélos freinent les élans des conducteurs. Si la bibliothèque du quartier était presque neuve lorsque mon père aménagea avec ses parents, aujourd’hui on a des bibliothèques de coin de rue avec des livres en circulation libre. Les parcs et les rues commerciales sont plus animés, voir festifs, correspondant aux attentes des résidents. En plus des restaurants de mets canadiens on a des bars, des restaurants de tout horizon et même une coopérative brassicole où on peut amener nos enfants! Loin de la fierté de ma grand-mère qui raconte que dans leur nouvelle demeure de Rosemont, ils accueillaient des pères Oblats, dont Mgr Lacroix!

Plus ça change, plus c’est pareil…

Montréal change, mais on la reconnaît toujours! Entre autre, grâce à des éléments permanents dans la ville. Par exemple, les Îlots dont les dimensions peuvent être un peu altérées, mais même quand une rue change de nom (et c’est rare) son tracé reste le même. Le boulevard René-Lévesque en est un bon exemple. En 1987, le boulevard Dorchester est devenu René-Lévesque, sauf dans Westmount, où il est demeuré Dorchester. Depuis son apparition sur les cartes, son tracé n’a pas changé bien qu’il y ait eu un élargissement en 1954-55. Le cadre bâti y a beaucoup changé depuis les grandes maisons victoriennes, dont Shaugnessy, Masson et Thomas Judah témoignent toujours, mais les adresses, désormais d’affaires, y sont toujours prestigieuses. Le boulevard René-Lévesque Ouest, c’est un peu notre 5e Avenue.

Si mon grand-père ne venait que de la Beauce et ma grand-mère de Sorel, on ne peut oublier que Montréal s’est développée au fil de l’immigration internationale. D’abord française et anglaise, puis asiatique, européenne, africaine, etc… Les vagues successives d’immigration marquaient le paysage urbain lorsque des communautés s’y installaient, le modelant un peu à son image. Si on a toujours des quartiers associés à des groupes (ethniques, LGBTQ+, religieux, etc…), je suis charmée quand un visiteur de l’étranger me rappelle qu’on semble vivre en harmonie avec nos différences. J’ai un jour fait le rapprochement avec la devise de Montréal, « Concordia Salus », qui signifie que le salut de Montréal vient de la bonne entente entre les peuples. Si le cadre bâti et nos habitude de vies changent, peut-on dire que certaines valeurs demeurent? Dont celle de la bonne entente entre nous. De toute façon nous venons tous d’ailleurs et ce que nous avons en commun c’est d’être ici, aujourd’hui et demain.

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