Carnet d'entrevues

Regards sur Montréal avec Mikaël Theimer

Depuis 2014, Mikaël Theimer arpente les rues de Montréal à la recherche de visages et d’histoires à partager. Il est le cofondateur de Portraits de Montréal, un projet qui fait la part belle à tous ces inconnus que nous croisons tous les jours sans savoir qui ils sont. Photographe d’Humanité, il met en valeur ces histoires qui nous connectent les uns aux autres.

Mikaël n’a pas toujours vécu dans la Belle Province et son regard sur notre ville et ses habitants s’est transformé au fil des années. Son premier contact avec Montréal était déjà porteur de toutes ces promesses.

« Arrivé à l’aéroport, je me souviens que le chauffeur était Palestinien et c’est la première fois que j’en rencontrais un. Mon premier souvenir de Montréal, ça a tout de suite été un contact avec la diversité, en pleine tempête de neige. »

Le Montréal de Mikaël Theimer

Alors étudiant, encore pétri de ses confortables habitudes, il a peu à peu apprivoisé la ville.

« Ça m’a pris du temps pour m’ouvrir, apprécier une façon de vivre différente et surtout rencontrer des gens avec lesquels j’ai découvert le potentiel sympathique de la ville. À la fin de mes études, j’ai commencé à apprécier le plaisir de trainer dans les parcs en été, dans les festivals et au Piknik Electronik. À vraiment vivre la vie montréalaise et l’apprécier. »

Il a décidé de rester.

Crédit : Mikaël Theimer

Comme Montréal est formidable pour nous emmener là où on ne s’attend pas, c’est à travers ses promenades, au sens propre, que Mikaël est devenu photographe.

« Ça faisait un moment que j’y pensais. Avec un appareil photo qu’on me prêtait, j’avais commencé à photographier les gens qui jouaient sur leur téléphone portable dans le métro. J’avais collecté une bonne cinquantaine de portraits de gens, en leur demandant « À quoi tu joues ? » et j’alimentais un blog avec le portrait de la personne et son jeu. »

D’introverti à photographe d’inconnus

En 2014, c’est le grand saut. Il quitte sa job et avec des amis, il fonde Portraits de Montréal, inspiré du célèbre Humans of New-York.

« J’adorais ce concept, j’avais l’impression, en lisant les histoires des New-Yorkais, de les rencontrer, je me sentais connecté à eux. »  D’abord pour le côté humain, pour le défi aussi : le but était de se lancer un défi à nous-mêmes, voir si on était capables. J’étais persuadé que je serais plus heureux si j’avais cette capacité de parler à n’importe qui. Que ça ferait de moi quelqu’un de mieux dans ma peau. À la base, je suis quelqu’un de très introverti. Aborder un inconnu, la première fois, je tremblais. »

Il n’a jamais reposé l’appareil depuis.

Le Mile-End était son quartier de prédilection au début.

« Il y a une belle diversité, un état d’esprit un peu bohème et détendu. Les gens avaient du temps, ils étaient photogéniques. Il y avait de la vie dans la rue. L’important quand tu vas photographier des inconnus c’est qu’il faut qu’ils soient dans des endroits animés; c’est moins gênant pour eux. »

Ses explorations l’ont mené aux quatre coins de la ville, le poussant à toujours plus d’engagement personnel lorsqu’il s’agit d’aborder des inconnus : « chaque quartier a ses codes, quand tu ne les connais pas encore, que tu ne sais pas à quel type de personne tu as affaire, tu peux te retrouver confronté. C’est moins évident, il faut prendre sur soi et se dire : Je suis capable. »

Humans of the Street

Sa rencontre la plus marquante reste celle avec David. À l’époque, Mikaël lançait le projet Humans of the Street, mettant de l’avant des portraits de personnes en situation d’itinérance. L’ objectif  : de ne pas se fier aux apparences.

« La première fois que je l’ai vu, il quêtait sur les marche du Forever 21, rue Sainte-Catherine. Il était assis sur la dernière marche, quasiment accroupi au sol, plié en deux, torse nu, la main tendue, en train de se balancer d’avant en arrière. En le voyant je me suis dit qu’il avait l’air sacrément amoché ou en manque. Je me suis imaginé plein de trucs. J’ai traversé la rue, j’ai été le voir. Dès que je me suis accroupi et que je lui ai demandé « Hey bonjour, ça va ?»  Il a levé la tête, son regard était sympathique et chaleureux. Il m’a répondu « Oui, ça va, je suis juste en train de prier pour que les choses s’améliorent ». Ça m’a frappé le décalage entre ce que je m’étais imaginé et la légèreté, la spontanéité avec laquelle il a levé la tête en souriant.»

Crédit : Thibaut Carron

Regards sur Montréal

Des rencontres comme celle-ci, Mikaël en a vécu beaucoup. Il a photographié près de 2000 personnes et son talent, au-delà de la photographie. C’est la simplicité et la sincérité avec laquelle il s’intéresse aux autres. Ainsi, il parvient à livrer des témoignages authentiques et puissants.

« Tu peux arriver assez rapidement à ce que les gens se livrent sur des histoires profondes, simplement par l’écoute, l’intérêt pour la personne, la spontanéité de la rencontre. » Parfois, ça dure 30 secondes, d’autres 1h30. Les gens se confient. « Juste le fait de se retrouver face à un inconnu, d’avoir cette opportunité, cette parenthèse-là, de ne pas juste parler de la pluie et du beau temps, de la politique ou de l’actualité… On va juste parler de la vie. On en a besoin, ça nous manque en Occident, à tous. » 

Finalement, peut-être parce que la photographie n’est qu’un prétexte et qu’au fond, c’est l’humanité qu’il cherche à atteindre, Mikaël fait ressortir ce qu’il y a de beau dans les Montréalais. Si vous aimez son travail, sachez que ses photos ont fait l’objet de trois livres: Aime comme Montréal, Portraits de Montréal et Montréal Safari.

Vous pouvez également acheter une de ses photographies, signée et en tirage limité, sur son site web.

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