Histoire

Montréal, un nouveau départ

.Je me rappelle encore comme si c’était hier, pourtant ça fait déjà vingt ans que j’ai foulé le sol québécois,  plus précisément celui de Montréal, pour un nouveau départ. C’était un vendredi, le  28 juillet 2000. Tel un Neil Armstrong marchant le sol lunaire, j’étais excité et totalement dans un nouvel environnement.

L’humanité n’a pas fait un grand pas cette journée-là, mais pour des Haïtiens vivants en Haïti, c’était un pas de géant. En arrivant à Montréal, j’incarnais le rêve générationnel de mes compatriotes qui peinent à survivre dans leur région. Partir de son pays est synonyme de nouveau départ pour la plupart des personnes émigrées dans un nouveau pays. Quelle qu’en soit la raison.

Soyons clairs, l’immigration ne date pas d’hier. En fait elle a fait de l’humanité, ce qu’elle est aujourd’hui. Peu importe de quelle région du globe vous venez, lorsque vous vivez à l’extérieur de cette zone, un jour ou l’autre vous aurez une terrible envie d’y retourner par moment.

Montréal, un nouveau départ

Le fameux mal du pays, les Haïtiens de Montréal en souffrent beaucoup. Chez certains, c’est un supplice; le cœur en Haïti et le corps au Québec. Ce sont souvent des émigrés circonstanciels, obligés de fuir un environnement hostile et une situation socio-économique difficile. Ceci étant dit, ça ne les empêche pas d’apprécier leur nouvelle terre d’accueil. Ces exilés volontaires sont en garde partagée entre le Québec et Haïti, faisant des allers-retours entre les deux Îles.

Mon père fait partie de la première vague des émigrés haïtiens. Ceux qui ne l’ont pas eu facile, enchainant des boulots afin de payer leurs loyers. Un trois et demi coutait environ deux cents à deux cent cinquante de dollars à cette époque. Pour beaucoup de familles, les parents représentent la figure de l’acharnement, des modèles mêmes si moins présents dus aux longues heures au travail. Ces heures c’était dans le but d’offrir un avenir meilleur à leurs descendants qui majoritairement vivaient en Haïti.

Alors que souvent, c’était un des parents qui émigrait à Montréal et ce dernier subvenait aux besoins de sa famille outre-mer. La communauté haïtienne montréalaise est connue pour être très rassembleuse et festive, ne manquant pas une occasion de se rassembler (sauf dans les circonstances actuelles bien sûr). En temps normal, il y a plusieurs occasions de faire connaissance de cette culture par le biais de spectacles, festivals de musique, foires culinaires, etc. Beaucoup de Montréalais sont familiers avec la cuisine haïtienne qui est assez populaire dans la métropole.

Haïti montréalais

Si vous voulez découvrir cette communauté à Montréal, vous devez faire un tour dans les quartiers où la population haïtienne est plus concentrée. Par exemple le quartier Villeray-Saint-Michel et Montréal-Nord. Bien que la communauté soit plus présente dans ces quartiers, les temps changent. La nouvelle génération issue de parents haïtiens est installée un peu partout dans la ville. C’est une bonne chose en soi, car la ghettoïsation est un clou au pied de l’émancipation sociétale.

Alors, n’ayez pas peur d’aller explorer la communauté haïtienne à Montréal, car elle n’est pas différente de celle d’Haïti. D’ailleurs, le commentaire que j’entends le plus souvent des gens ayant visités Haïti est que son peuple est accueillant.

Multiculturalisme en terrain scolaire

Le fait d’être arrivé à l’adolescence et en plein été a facilité mon intégration dans la métropole. L’école ouvrait un mois après m’être installé dans la ville. La polyvalente Lucien-Pagé que je fréquentais à ce moment est une école multiculturelle où l’on entend une multitude de langues dans les corridors. Aux heures de pauses les camarades avec qui j’étais provenaient des quatre coins du monde, on était une mosaïque culturelle composée de deux Russes, un Yougoslavien, deux Africains, un Chinois, un Sri-Lankais, deux frères Équatoriens et trois ou quatre Haïtiens, le tout soudé par le soccer.

Et puis, ma plus grande surprise comme nouvel arrivant à Montréal, c’est de voir l’influence culturelle haïtienne. Je m’explique, en écoutant parler des très jeunes Québécois provenant de milieux différents, ces jeunes développent un drôle de dialecte composé du français, anglais et créole.

Haïti et Montréal, un nouveau départ et une histoire d’échange

Parfois, j’entends des jeunes derrière moi, parler en français et convaincu que ce sont des personnes ayant des origines haïtiennes de par leurs accents et les mots utilisés, je me retourne. Je suis toujours surpris de voir des jeunes qui ne sont pas d’origine haïtienne. Ils ont seulement eu une influence linguistique à l’haïtienne. Pour nous Haïtiens cela nous fait  sourire de voir d’autres nationalités parler le créole et s’intéresser à notre culture. Si vous parlez français, vous parlez presque qu’à moitié le créole. Je suis surpris de voir  le nombre de personnes qui embrassent cette culture et vice versa. Les Haïtiens échangent, comparent et partagent beaucoup de traits en commun avec d’autres cultures, notamment la culture québécoise.

Pour terminer, il suffit de passer un instant avec une personne d’un certain âge pour se rendre compte qu’on a beaucoup de similarité dans nos mœurs, nos blagues, etc. D’ailleurs la planète n’est-elle pas un petit village? Aujourd’hui plus que jamais.

 

 

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